Poudre hyperprotéinée

26/06/2015 16:02

"A 3h ça va prendre un gros shaker de prot faut pas negliger les bonnes choses"

@Zoura

 

"Heureusement que la prot existe pour certains spécimens. Parce que sinon je voudrais bien voir le corps dégueulasse qu'ils auraient..."

@Nico

On nous le répète souvent, l'être humain a besoin de consommer une certaine quantité de protéines pour que son organisme fonctionne correctement. Les protéines ont effectivement de nombreux rôles au sein du corps : renouvellement cellulaire, production d'hormones, production de cellules du système immunitaire... Et la mode est actuellement à la consommation de shakers hyperprotéinés à tous les moments de la journée, comme nous pouvons le voir avec les exemples de tweets ci-dessus. En en discutant également avec de jeunes femmes addict des réseaux sociaux et des programmes fitness tels que le top body challenge, le programme déesse ou encore le bikini body challenge, on peut se rendre compte que cette pratique est très populaire. C'est un fait, il est primordial de consommer des protéines, mais peut-on consommer autant de protéines que l'on veut ?

 

"Prendriez-vous le risque d'abimer vos reins au nom du culte du corps?"

@diètetnutrition

Recommandations

L’EFSA1 a récemment publié les apports de référence de la population en protéines. Les doses recommandées sont indiquées en grammes de protéines par kilogramme de poids corporel par jour. L’EFSA distingue les sédentaires des adultes sportifs loisir, entraînés ou pratiquant des sports de force, des femmes enceintes ou allaitantes, des enfants et des adolescents.

 

L'Apport Nutritionnel Conseillé* (ANC) en protéines est de 0,83 grammes par kilo et par jour pour l'adulte bien portant.

 

Il n'existe pas de limite supérieure d'apport en protéines mais deux seuils sont proposés par l'AFSSA (ancien ANSES)

Entre 2,2 g.kg-1.j-1 et 3,5 g.kg-1.j-1 l'apport peut être considéré comme élevé et au-dessus de 3,5 g.kg-1.j-1 il peut être considéré comme très élevé. Ces seuils ont été déterminés à partir de la capacité maximale d'adaptation de la synthèse d'urée par le foie chez l'adulte.

 

Consommation de protéines et impact sur les fonctions rénales

En ce qui concerne les fonctions rénales, il n'y a pas de lien établi entre "surconsommation" de protéines et affaiblissement de ses fonctions. En revanche, il a été démontré à plusieurs reprises qu'une consommation importante de protéines chez les personnes ayant des reins "fragiles" peut entrainer des insuffisances rénales chroniques. Bénédicte Galliot, diététicienne en néphrologie, en témoigne: "J'ai déjà vu des patients, des sportifs en l'occurrence, arriver au service en phase d'insuffisance rénale terminale suite à un régime de ce type (hyperprotéiné)", explique-t-elle.

Nous pourrions donc en conclure que les risques sont inexistants pour une personne en "bonne santé", sauf qu'il est actuellement difficile de définir à l'avance si des reins sont "fragiles" ou pas. Il est bien souvent trop tard lorsque l'on détecte un dysfonctionnement de la filtration rénale. Les risques à long terme sont alors d'avoir une Insuffisance Rénale Chronique (IRC) entrainant différentes complications : oedèmes, état de fatigue, frilosités, crampes, perte d'appétit, nausées, vomissements... La suite n'est pas glorieuse. Afin de palier au déficite rénale, il est nécessaire d'effectuer des dialyses régulièrement.

Pour résumer, si nous consommons "beaucoup" de protéines, c'est à dire plus que la capacité maximale d'adaptation de la synthèse d'urée par le foie, nous prenons le risque d'abîmer nos reins et d'être atteint d'IRC.

 

Qu'est ce que l'IRC?

Le rein a un rôle de filtre : il élimine les déchets (urée et créatinine…) transportés par le sang et les évacue dans l’urine. Il maintient constante la quantité d’eau et de sels minéraux de l’organisme (sodium et potassium…), en ajustant leur élimination urinaire. Il produit aussi des hormones et des vitamines indispensables à certaines fonctions :

  • la fabrication de globules rouges par la moelle osseuse grâce à l’érythropoétine (EPO) ;

  • la régulation de la pression artérielle grâce à la production d’hormones (rénine et d’angiotensine) ;

  • le maintien de la qualité des os grâce la production de la forme active de la vitamine D.

L’insuffisance rénale est la conséquence de l’évolution des maladies qui détruisent les reins. L’organisme est petit à petit empoisonné par les déchets qui ne sont plus éliminés par le rein. Dans bien des cas, elle progresse graduellement, pendant plusieurs années. L’insuffisance rénale terminale est le stade ultime de l’insuffisance rénale chronique : la perte de la fonction rénale est telle que la vie de la personne est en danger à court terme. En effet, le rein n’est plus capable d’éliminer les toxines et le potassium. L’hyperkaliémie (trop de potassium dans le sang) peut provoquer un arrêt cardiaque. L’élimination urinaire journalière (diurèse) est mal adaptée, ce qui provoque une surcharge en eau et en sel. Cette surcharge hydrosodée peut également provoquer une hypertension artérielle. De plus, le déficit de production d’érythropoiétine par le rein malade provoque une anémie.

 

Au stade ultime de l'évolution de l'insuffisance rénale chronique, un traitement de suppléance est nécessaire

Des traitements complémentaires permettent de remplacer le fonctionnement des reins : on les appelle « traitements de suppléance ». Il en existe deux types, la dialyse et la greffe de rein :

  • La dialyse : hémodialyse ou dialyse péritonéale. Les séances durent en général 4 à 5 heures et se renouvellent en général 3 fois par semaine. Des déplacements pour vacances par exemple sont possibles, à condition de réserver à l’avance des séances de dialyse dans une structure proche du lieu de vacances ou de déplacement.

  • La greffe : transplantation rénale

 

Dernière étude sur le rapport entre consommation de protéine et impacte sur la santé

Une alimentation riche en protéines, à l'âge moyen, augmente considérablement le risque de cancer et de façon plus générale de décès précoce, selon une étude publiée dans la revue Cell Metabolism. Ce qui n'est pas le cas après 65 ans.

Valter Longo et Eileen Crimmins de l'Université de Caroline du Sud ont analysé des données concernant 6,318 personnes de plus de 50 ans suivies pendant près de 20 ans.

Celles qui avaient une consommation élevée de protéines (20% ou plus de l'apport total en calories) avaient un risque de cancer 4 fois plus élevé que celles qui en consommaient faiblement (moins que 10% de l'apport en calories).

Celles qui avaient une consommation élevée avaient aussi un risque 74% plus élevé de mourir de toute cause durant l'étude que celles qui avaient une faible consommation. Elles étaient aussi plusieurs fois plus susceptibles de mourir de diabète.

 

Pour conclure, si l'envie nous prend de faire une cure de protéines, il faut d'abord se poser la question : pour quoi faire? S'il s'avère vraiment intéressant de le faire, il faut alors s'assurer que nos fonctions rénales sont parfaites. Ensuite, il ne faut pas pousser cette consommation à long terme. En ce qui concerne les compléments protéinés (poudre hyperprotéinée), il n'est pas recommandé d'en consommer plus d'1g/kgPC/j et jamais plus de 6 mois d'affilés.

Et vous, prendrez-vous le risque d'abimer vos reins (sans parler des risques de cancers), avec abonnement à vie en centres de dialyse, au nom du culte du corps?...

 

Rédigé par :
Baptiste Francillon
Diététicien nutritionniste,

labélisé benestar.
www.benestar-france.fr

 

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Sources :

EFSA : Autorité Européenne de sécurité des aliments (http://www.efsa.europa.eu/fr/)

Cerin : Centre de recherche et d'informations nutritionnelles (http://www.cerin.org/feuillet/besoin-en-proteines-de-l-adulte.html)

Le pharmachien : http://lepharmachien.com/proteines/

http://www.fondation-du-rein.org/comprendre-votre-maladie/quest-ce-que-la-dialyse.html

 

*Calcul de l'apport nutritionnel conseillé (ANC) en protéines

Le besoin moyen en protéines est de 0,66g.kg-1.j-1. Il est calculé à partir de l'équilibre entre les pertes et les apports d'azote. Un coefficient de variation de 12% (variations inter-études et interindividuelles) a été déterminé et appliqué successivement deux fois au besoin moyen, selon le principe de calcul des ANC. Il en résulte un ANC en protéines de 0,83 g. kg-1.j-1 pour l'adulte en bonne santé.